Module de formation: les grandes théories de la communication

CHAPITRE  I.   ETYMOLOGIE ET DEFINITION DE LA COMMUNICATION

  1. Etymologie
  2. Définition

CHAPITRE  II.  PRINCIPAUX DOMAINES DE LA COMMUNICATION                 

  1. Communication interpersonnelle
  2. Communication de groupe
  3. Communication de masse

CHAPITRE  III. CONCEPT DE COMMUNICATION

  1. Un besoin de communication
  2. Un besoin de souveraineté
  3. Une dynamique des territoires
  4. Le besoin d’une langue
  5. Une mise en réseau avec les outils de télécommunication
  6. Un message à transmettre

CHAPITRE IV. LES SCIENCES DE L’INFORMATION ET DE  LA   COMMUNICATION

  1. La distinction entre l’information et la communication
  2. La distinction entre communication verbale et communication non verbale
  3. Les contextes de communication
    1. Les réseaux
    2. La temporalité
    3. La localisation
    4. Le code
    5. La transmission
    6. Le protocole
    7. La rétroaction

CHAPITRE V. MODELES DE COMMUNICATION

  1. Modèle de Shannon et Weaver
  2. Modèle de Lasswell
  3. Modèle de Jakobson
  4. Modèle de Gerbner
  5. Modèle de Newcomb
  6. Modèle de Matilda et John Riley
  7. Modèle de Westley et Mac Lean

BIBLIOGRAPHIE

CHAPITRE  I.   ETYMOLOGIE ET DEFINITION DE LA COMMUNICATION

  1-Étymologie

En français (Oresme en 1361[2]), le terme signifie d’abord «mettre en commun», puis «être en relation avec». Communication provient de la même racine latine qui a donné «commun» (communis), « communiquer» (communicare, au sens d’être en relation avec, s’associer, partager), et « communication » communicatio (le fait d’être en relation avec).

La communication est l’action de communiquer, d’établir une relation avec autrui, de transmettre quelque chose à quelqu’un. Elle peut aussi désigner:

– l’ensemble des moyens et techniques permettant la diffusion d’un message auprès d’une audience plus ou moins vaste et hétérogène

– ou l’action pour quelqu’un ou une organisation d’informer et de promouvoir son activité auprès d’autrui, d’entretenir son image, par tout procédé médiatique.

Elle concerne aussi bien l’être humain (communication interpersonnelle, groupale…), l’animal, la plante (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine (télécommunications, nouvelles technologies…), ainsi que leurs hybrides : homme-animal; hommes-technologies… C’est en fait, une science partagée par plusieurs disciplines qui ne répond pas à une définition unique. Comme le constate Daniel Bougnoux « Nulle part ni pour personne n’existe la communication. Ce terme recouvre trop de pratiques, nécessairement disparates, indéfiniment ouvertes et non dénombrables[1]. »
Il existe 4 types de communication:

-libre: être à l’écoute de soi, de ses désirs et de ses instincts

-expressive corporelle: être réceptif, prise de recul, régulation des émotions par la respiration, être à l’écoute de son corps…

-réciproque: pour être un bon récepteur il faut être à l’écoute de l’autre, s’ouvrir à ses besoins, faire preuve de considération et prendre en compte la réalité de l’autre (faire preuve d’empathie)

-efficace: rechercher l’objectivité, l’exactitude, se rendre intelligible (être clair et compris) et ne pas supposer. Les objectifs de la communication:

  • pour créer un lien avec l’autre
  • persuader: modifier des attitudes et les comportements de l’autre
  • découvrir: apprendre sur l’autre et le monde extérieur
  • jouer: se distraire

 

2-Définition

La théorie communicative moderne définit les modèles d’enrichissements optimaux entre un émetteur et un récepteur, en faisant naître au sein des sciences humaines une discipline d’appropriation du subconscient par le conscient, afin, chez l’humain, de recalibrer la prédation en des échanges planifiés, réfléchis et fructueux.

L’expression « théorie de la communication » est parfois employée pour désigner le concept de théorie de l’information.

La théorie de la communication est apparue dans les années 1945-1950, en même temps que la théorie de l’information. Elle avait alors pour objectif de formaliser et de modéliser la relation homme-machine entre les ordinateurs naissants et leurs utilisateurs, en théorisant et en conceptualisant la communication afin de l’« inculquer » aux ordinateurs.

C’est une base de la cybernétique qui, pour faire ressortir cet élément de communication, utilise le concept de boîte noire, ce qui permet de le dissocier de l’élément émetteur ou récepteur.

Et si tout le monde s’accorde pour la définir à minima comme un processus, les points de vue divergent lorsqu’il s’agit de la qualifier.

  1. Les « Sciences de l’information et de la communication », proposent une approche de la communication centrée sur la transmission d’informations. Dans ce cadre, la communication étudie aussi bien à l’interaction homme-machine que les processus psychiques de transmission de connaissances (avec l’appui des sciences cognitives).
  2. La psychosociologie s’intéresse essentiellement à la communication interpersonnelle (duelle, triadique ou groupale). La communication -vue comme un système complexe- concerne tout ce qui se passe lorsque des individus entrent en interaction. Les processus cognitifs, affectifs et inconscients sont pris en compte. Dans cette optique, les informations transmises sont toujours multiples, que la transmission d’informations n’est qu’une partie du processus de communication et que différents niveaux de sens circulent simultanément.
  3. La psychanalyse traite de la communication intra-psychique.

Il existe quatre facteurs de communication interdisciplinaire:

-physique: selon l’endroit dans lequel on se trouve, on ne communique pas de la même façon

-culturel: selon le style de vie, les croyances et les valeurs

-socio-psychologique: relations de statuts des interlocuteurs

-temporel: selon le moment où nous nous exprimons (exemple: enterrement différent d’un mariage) Toute communication comporte une métacommunication: en fonction du ton de la voix, le message est différent. Les enjeux de la communication selon Mucchielli: information, positionnement social, mobilisation (persuasion), relationnel (favorise la prise de contact et les relations) et normatif (ritualisation, normes éducatives, politesse).

Axiomatiques de base de la communication:

-on ne peut pas ne pas communiquer

-toute communication comporte deux aspects : le contenu et la relation (la relation englobe le contenu et devient une métacommunication)

-la nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de la communication

-deux modes de communication: digitale (signes et paroles) et analogique (gestes et postures)

-deux types d’interaction: symétrique (égalité culturelle des partenaires) et complémentaires (différence de connaissances des partenaires)

La démarche ESPRIT

E:entrée en matière S:situation du problème P:le problème (quel est-il?) R:résolution du principe I:informations détaillées pour résoudre le problème T:terminaison/conclusion

Les neuf fonctions essentielles à la compréhension de toutes les formes de communication:

-la communication est un ensemble de signaux

-la communication est un processus d’ajustements

-la communication comporte un contenu (informations)…

-et des aspects relationnels (métacommunication)

-la communication comporte des transactions de relations symétriques…

-et complémentaires

-les séquences de communication sont ponctuées à des fins d’interprétation

-la communication est un processus transactionnel: tous les éléments de la communication sont interreliés et toujours en mouvement

-la communication est inévitable


CHAPITRE  II.  PRINCIPAUX DOMAINES DE LA COMMUNICATION                

Entre humains, la pratique de la communication est indissociable de la vie en société. La science de la communication – en tant qu’étude de cette pratique- englobe un champ très vaste que l’on peut diviser en plusieurs niveaux :

1-La Communication inter-personnelle

Communication du type émetteur – message – receveur

La communication interpersonnelle est fondée sur l’échange de personne à personne, chacune étant à tour de rôle l’émetteur et/ou le récepteur dans une relation de face à face: la rétroaction est censée être facilitée sinon quasi-systématique.

On dit parfois que la communication est « holistique » – c’est-à-dire qu’elle fait intervenir

le tout de l’homme (communication verbale et non verbale) ;

l’environnement (possibilité d’interférences environnementales dans la communication).

Pour l’école de Palo Alto, « on ne peut pas ne pas communiquer ». Que l’on se taise ou que l’on parle, tout est communication. Nos gestes, notre posture, nos mimiques, notre façon d’être, notre façon de dire, notre façon de ne pas dire, toutes ces choses « parlent » à notre récepteur. La communication est aussi une forme de manipulation. En effet, nous communiquons souvent pour manipuler, modifier l’environnement ou le comportement d’autrui.

Elle n’a été formalisée qu’aux cours des deux derniers siècles.

2-La Communication de groupe

La communication de groupe part de plus d’un émetteur s’adressant à une catégorie d’individus bien définis, par un message (communication) ciblé sur leur compréhension et leur culture propre.

C’est celle qui est apparue avec les formes modernes de culture, souvent axées sur la culture de masse (société de consommation), dont la publicité ciblée est la plus récente et la plus manifeste.

Les effets de la communication de groupe se situent entre ceux de la communication interpersonnelle et ceux de la communication de masse.

La communication de groupe est aussi complexe et multiple car elle est liée à la taille du groupe, la fonction du groupe, et la personnalité des membres qui le compose.

On peut également intégrer cette notion dans la communication interne à une entité. Les groupes peuvent alors être des catégories de personnels, des individus au sein d’un même service, etc.

On peut aussi intégrer cette notion à une communication externe ciblée vers certains partenaires ou parties prenantes de l’entité.

3-La Communication de masse

Dans la communication de masse, un émetteur (ou un ensemble d’émetteurs liés entre eux) s’adresse à un ensemble de récepteurs disponibles plus ou moins bien ciblés. Là, la compréhension est considérée comme la moins bonne, car le bruit est fort, mais les récepteurs bien plus nombreux. Elle dispose rarement d’une rétroaction, ou alors très lente (on a vu des campagnes jugées agaçantes par des consommateurs, couches pour bébé par exemple, conduire à des baisses de ventes du produit vanté).

Ce type de communication émerge avec :

  • la « massification » des sociétés : production, consommation, distribution dites « de masse »
  • la hausse du pouvoir d’achat
  • la généralisation de la vente en libre-service
  • l’intrusion entre le producteur et le consommateur de professionnels et d’enseignes de distribution.
  • les médias de masse ou « MassMedia » dont la radio et la télévision. L’absence de réponse possible en fait un outil idéal de la Propagande, ce que souligne à plusieurs reprises Georges Bernanos.

Aujourd’hui, les NTIC et en particulier Internet abaissent à un niveau sans précédent le coût de communication et au surplus rendent la rétroaction possible.

En France, l’État lie significativement Culture et Communication en les confiant à un même ministère.

« Psychologie des foules » (1895) du psychopathologue Gustave Le Bon est un ouvrage considéré comme fondateur de la notion de « masse », bien qu’il soit contestable sur son contenu et son objectivité. « La persuasion clandestine », ouvrage de Vance Packard, montre à ce sujet que la science de la manipulation était déjà bien avancée en 1957. « Retour au meilleur des mondes », d’Aldous Huxley, va dans le même sens.

 

CHAPITRE  III. CONCEPT  DE  COMMUNICATION

1-Un besoin d’identité

L’image que nous donnons doit être confirmée par autrui. Le fait que le rôle, le statut et la place des acteurs soient bien identifiés permet aux interlocuteurs de se reconnaître dans une position sociale, d’éviter les mal-entendus, les conflits, et d’assurer la crédibilité. L’identité situationnelle du locuteur est repérable dans l’énonciation.

Pour une entreprise, l’image de marque correspond à l’identité de l’entreprise perçue par ses parties prenantes. Toute atteinte à l’image de marque est un risque de réputation, préjudiciable à la bonne marche de l’entreprise, à sa crédibilité, et à la confiance que lui accordent ses clients.

2-Un besoin de souveraineté

Une communication habile peut faciliter les processus d’influence, légaux ou non. Le phénomène de développement des ONG dans le contexte de mondialisation est révélateur à cet égard. La souveraineté et l’indépendance des États peuvent être menacées par la prolifération de messages non contrôlés en source ouverte.

La communication est une composante essentielle de la diplomatie et de l’exercice de la souveraineté d’un État. Lorsqu’un chef d’État ou un représentant d’un gouvernement s’exprime lors d’une réunion internationale, d’un sommet de la Terre, d’une conférence internationale sur un sujet d’intérêt mondial (commerce international, gestion de l’eau, santé, biodiversité), la communication est essentielle sur le plan de la perception de l’autorité.

L’utilisation du français ou de l’anglais est notamment un enjeu quotidien au sein de la relation QuébecCanada.

De plus, il est souvent reconnu que l’influence culturelle et économique d’un pays se perçoit par l’influence et l’utilisation de sa langue. On notera donc l’influence forte de l’anglais et du chinois actuellement. Mais au temps de Louis XIV, la langue de la diplomatie et de la noblesse était le français.

3-Une dynamique des territoires

L’espace physique et psychique (intime) doit être protégé. Dans toute organisation, chacun défend son espace et évite les intrusions injustifiées.

Dans la vie économique territoriale, pour l’organisation de pôles de compétence par exemple, la communication s’établit entre des organisations très différentes : services déconcentrés des États en régions (Länder…), conseils régionaux, directions régionales de groupes industriels, petites et moyennes entreprises, chambres de commerce et d’industrie, universités et grandes écoles, centre d’études et de recherches.

Afin de se comprendre avec toutes les précisions du langage, il est souvent préférable, au niveau régional ou local en tous cas, d’utiliser la langue maternelle, quitte à employer une langue véhiculaire lors des séjours internationaux.

4-Le besoin d’une langue

On a vu au cours de l’Histoire, l’importance que prit la langue dans la communication. Les traductions en plusieurs langues vernaculaires du Livre des merveilles du monde de Jean de Mandeville eurent un impact considérable au XVe et au Xe siècle sur les explorateurs (notamment Christophe Colomb), peut-être davantage que le Dévissement  du monde qui relatait les voyages de Marco Polo. L’édit de Villers-Cotterêts (François Ier, 1539) permit au souverain de diffuser les actes administratifs et juridiques dans une nouvelle langue officielle de communication.

On a vu aussi l’impact considérable qu’eurent, au XVIIe siècle, certaines œuvres écrites en français, dans des domaines qui restaient encore réservés au latin : l’Utopia de Thomas More, le Discours de la méthode de Descartes (1637), les Provinciales de Pascal (1656). Au XVIIIe et XIXe siècles, la Bible de Sacy eut un impact considérable sur la littérature. Au XVIIIe siècle, les cours européennes communiquaient en français.

L’anglais aujourd’hui est largement employé pour la communication dans de nombreux domaines (informatique, affaires, sciences essentiellement). Les langues ont des statuts de communication très différents : les six langues officielles des Nations unies sont l’anglais, l’espagnol, le français, le russe, l’arabe et le chinois.

Néanmoins, les langues maternelles restent les langues de communication localement, en particulier en Europe, qui a défini une politique sur ce point.

Les langues ne sont pas forcément parlées. Elles peuvent aussi être gestuelles. La Langue des signes française permet par exemple de communiquer entre et avec les malentendants et les non-entendants. C’est une langue à part entière, et qui connaît sa propre évolution. Au Québec il s’agit de la langue des signes québécoise.

Se référer à la Langue des signes, au Braille et la Convention relative aux droits des personnes handicapées (disposition de la loi en vigueur dans le territoire considéré).

5-Une mise en réseau avec les outils de télécommunication

La communication est le passage obligé pour entrer en relation avec autrui.

À ce stade, il faut noter l’importance des moyens de télécommunication basés sur des techniques optiques, électriques et électroniques.

Au fur et à mesure de l’apparition de ce dernier type de médias depuis le XIXe siècle, et à l’exception du télégraphe électrique (à partir de 1838) et du téléphone (réseau élémentaire émetteur-récepteur), les médias fondés sur les techniques électroniques (radiodiffusion, télévision), employés depuis la Seconde Guerre mondiale, n’offraient pas de possibilités de rétroaction importantes.

Avec les dernières générations d’outils de télécommunications électroniques, la rétroaction devient plus aisée, et les messages se sont beaucoup enrichis (documents, images). Les messageries électroniques, l’internet… permettent d’atteindre des groupes de personnes, et de faire une véritable communication de groupe.

6- Un message à transmettre

Les aspects techniques de la communication doivent cacher l’essentiel : la communication a pour objectif de faire passer un message.

L’avènement de l’internet depuis les années 1960 a suscité diverses études de la part de philosophes et de sociologues. Parmi ces études, on retiendra celles de Pierre Musso et de Philippe Breton, qui, sous des arguments un peu différents, portent le même diagnostic : la communication a tendance à être instrumentalisée par les outils de télécommunication et les technologies de l’information. L’idée est qu’il existe une croyance selon laquelle on communique bien parce que l’on dispose de moyens techniques sophistiqués (dernière version du logiciel, mobile, …). Pierre Musso note que cette croyance serait fondée sur la philosophie des réseaux, sorte de pseudo-« religion » qui serait la résurgence de la philosophie de Saint-Simon (voir Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon), fondée sur le principe de gravitation universelle.

En réalité, sur le fond, la communication cherche bien à répondre à l’un des objectifs suivants :

On parle alors d’enjeux de la communication. Ces enjeux sont liés aux différentes fonctions du message (voir les concepts de Roman Jakobson).

On voit qu’une communication trop axée sur des moyens techniques peut faire oublier les risques inhérents à la communication.

 

CHAPITRE IV. LES SCIENCES DE L’INFORMATION ET DE  LA              COMMUNICATION

Concernant la communication en tant que science, certaines notions ont été dégagées par les différents modèles de communication explicités plus bas.

Durant les années 1980, S.H. Chaffee et C.R. Berger proposèrent une définition généraliste qui reste de nos jours une base connue des sciences de la communication : « La science de la communication cherche à comprendre la production, le traitement et les effets des symboles et des systèmes de signes par des théories analysables, contenant des généralisations légitimes permettant d’expliquer les phénomènes associés à la production, aux traitements et aux effets. » (traduite de l’anglais)

1-La distinction entre l’information et la communication

Pour le chercheur Dominique Wolton, spécialiste de la communication[3], la « croissance de l’information et sa multiplication, comme l’hétérogénéité des récepteurs rendent finalement visible cette dissociation entre information et communication ». Pendant des siècles la rareté de l’information, et la difficulté de sa transmission étaient telles « que l’on croyait de bonne foi que l’information créait de la communication », explique-t-il. Inversement, dans un message reliant deux êtres humains, l’information n’est qu’une toute petite partie de la communication, d’où la fréquence des malentendus[4], selon Irène Lautier.

Finalement, malgré son développement, « non seulement la communication ne rapproche pas forcément des points de vue, mais elle peut même amplifier l’incommunication », observe Dominique Wolton, selon qui le mot « information » fut « d’abord lié à une revendication politique : la liberté d’information comme condition de la démocratie et le complément de la liberté de conscience » puis « le symbole de la presse » et du « droit de savoir ce qu’il se passe », avant d’être repris dans l’informatique, pour parler de « système d’information »[5] d’une entreprise. Le développement d’Internet a encore modifié la donne, avec l’explosion des communications sous forme de blogs et de mailing, où la part d’information vérifiée et codifiée fut dès le départ très modeste et beaucoup plus faible que dans les « systèmes d’information » des entreprises.

Cette masse croissante de communication a suscité une demande de journalisme plus indépendant, capable de la trier, recouper, hiérarchiser, pour transformer de simples émetteurs de message en sources d’information, en allant jusqu’à assurer la protection de l’anonymat quand c’est nécessaire, afin de rétablir une relative hiérarchie entre les différents émetteurs de message, basée plus sur la compétence et la fiabilité que sur la puissance et la motivation. La protection des sources d’information des journalistes permet par ailleurs de vérifier auprès des institutions et entreprises que la communication affichée à l’extérieur par le porte-parole officiel correspond bien à la réalité vécue à l’intérieur.

2-La distinction entre communication verbale et communication non verbale

Une communication verbale est faite de signes linguistiques.

Ces signes confèrent un corpus appelé langue, ou plus généralement langage, mais les linguistes viennent à distinguer langue et langage.
L’écriture, la langue des signes, la voix sont des médias, des moyens de communiquer… L’art de conceptualiser ce message dans un langage afin de minimiser les interférences est appelé la rhétorique. Aristote et Cicéron étaient des théoriciens de rhétorique, qui devint l’un des sept arts libéraux dans le haut Moyen Âge.

Est dite « non verbale » une communication basée sur la compréhension implicite de signes non exprimés par un langage : l’art, la musique, la kinesthésie, les couleurs, voire les vêtements ou les odeurs. Ces signes, leur assemblage et leur compréhension ou leur interprétation sont dans leur grande majorité dépendants de la culture.

Mais on définit en premier lieu la communication non verbale à travers le corps, la posture, les gestes ou encore les différentes expressions du visage.

Cette distinction verbale / non verbale n’est pas toujours aisée à faire.

Le mot verbal peut également être compris comme exprimé de vive voix (Petit Larousse). On parlera alors de communication orale, par opposition à la communication écrite. Mais la communication n’est pas qu’orale. Elle est aussi non verbale.

La communication passe donc aussi par le corps. Ainsi elle sera non verbale ou plutôt non verbalisée. La communication non verbale peut être para-verbale, c’est-à-dire qui accompagne la vocalisation. Ainsi lorsque le locuteur explique qu’il faut aller à droite et qu’il bouge sa main dans cette direction, c’est un cas de communication para verbale. Croiser les bras dans un signe de protection est aussi une communication non verbale. Mais ici ce sera pour dire que : « je me retranche derrière mes idées laissez-moi tranquille ». Mimiques et posture font partie de la communication. Des gestes risquent de faire passer un message comme plus fort, plus prononcé que ce que l’on dit. Le ton d’un message est aussi une forme de non-verbal. C’est cette base, le non-verbal, qui définit par exemple ce qu’on appelle le jeu d’un acteur, au théâtre.

3-Les contextes de communication

Une communication est gravée dans un contexte. Elle peut avoir lieu à un instant donné, dans un lieu donné, et vis-à-vis d’une situation, d’un évènement donné.

Tout cet environnement, qui ne fait pas partie de la communication à proprement parler, mais qui accompagne cette communication, est appelé contexte. L’environnement peut générer du bruit, ou être source d’interférences.

La philosophie du langage s’intéresse au contexte, et la linguistique précise le contexte d’une phrase : voir contexte (linguistique).

Le contexte intervient dans les enjeux cités plus haut : culture, changement de médias, langue, souveraineté, identité, dynamisme des territoires, mise en réseau.

 

3-1-Les réseaux

On nomme réseau un ensemble d’acteurs, d’agents économiques, de nœuds, ou lieux de communication grâce auxquels les messages circulent. L’information se concentre et se redistribue ainsi.

Réseaux sociaux

Ce sont les réseaux d’anciens élèves de grandes écoles, d’universités, d’associations, d’ONG, de centres de recherche, d’organismes publics ou simplement d’individus possédant des intérêts communs… Voir dans le cas d’entreprises : Entreprise étendue.

Sur le plan technique

Des réseaux de transport (routes, canaux, chemins de fer), des réseaux de télécommunications et informatiques (télégraphe, téléphonie, web) se sont développés considérablement depuis deux siècles.

Interactions informelles

On découvrit dans les années 1960 que la généralisation des ascenseurs automatiques, qui supprimait les garçons d’ascenseur, supprimait un nœud important de communication informelle entre les étages d’une entreprise (car le garçon d’ascenseur connaissait tout le monde et tout le monde lui parlait). Ce rôle a été partiellement remplacé par les coins café considérés aujourd’hui comme indispensables dans les bureaux, et lieux d’échanges informels souvent importants.

3-2-La temporalité

Une communication qui peut durer dans le temps (le message n’est pas supprimé au moment où il est envoyé) est dite « intemporelle ». Par exemple, un message rédigé dans un livre est intemporel. Cette notion est liée au contact entre les entités qui communiquent. Un message éphémère, est lui dit « temporel ». Par exemple, une discussion orale est éphémère, temporelle.

3-3-La localisation

Dans l’espace, une communication peut être :

  • localisée (concentrée à un endroit) telle une discussion ;
  • alocalisée (disponible de n’importe quel endroit) – par exemple internet, extranet ;
  • délocalisée (le lieu d’émission est loin du lieu de réception) C’est le cas d’une discussion téléphonique.

Cette notion est liée à l’expression du contact entre les entités qui communiquent.

 

3-4-Le code

Le code (information) est un concept souvent mis en avant dans la vision mécaniste de la communication. Il est pourtant rarement adéquat, ne s’appliquant bien qu’aux seules situations hiérarchiques et autoritaires : interface homme-machine, relations homme-animal, etc. Par extension et d’une manière pessimiste, la notion de code est souvent employée pour l’étude des relations humaines.

Dans ce cadre simplifié, pour communiquer, l’émetteur et le récepteur doivent disposer d’un code commun. La communication se caractérise alors surtout par l’utilisation d’un code établissant les correspondances entre un signe et son sens qui doit être commun aux interlocuteurs. L’absence de code commun entre émetteur et récepteur est l’une des sources d’échecs de la communication, chacun pouvant supposer que l’autre comprend son code, sans que ce soit le cas :

  • Un chef de projet américain est choqué de voir son équipe française exiger du matériel pour son travail. Elucidation faite, cette équipe ne voulait que demander ce matériel (or to demand signifie exiger)
  • Le même s’étonne de voir, après avoir stigmatisé le peu de temps dont on dispose pour un petit projet, de voir des membres européens se demander pourquoi au contraire on dispose d’une telle marge. Elucidation : quand il écrivait sur son tableau 6/6 pour la date de début et 6/12 pour la date de fin, il pensait pour cette dernière au 12 juin et l’équipe européenne a compris 6 décembre !
  • Un collègue japonais désirant montrer le grand respect qu’il éprouve pour la famille d’un collègue européen l’invitant à dîner apporte à la maîtresse de maison une fleur considérée comme l’une des plus belles au Japon : un chrysanthème. Gêne garantie chez celle-ci, pour qui cette fleur est symbole de cimetière.

Dans tous ces exemples, la notion de code explique l’incompréhension entre les êtres humains; mais la notion n’explique pas pour autant la compréhension. Or les situations sont courantes où le défaut de code n’apporte pas de catastrophe, au contraire: relations sourd-entendant, relations aveugle-voyant, relations entre étrangers sans mots communs, etc. Entre humains, on peut toujours essayer de se faire comprendre; essayez donc de vous « faire comprendre » d’un ordinateur qui détecte une faute de syntaxe dans l’ordre envoyé. Non, décidément, le code est une notion trop évidente pour être utilisée sans pincettes.

3-5-La transmission

La communication consiste à transmettre un message afin d’établir un contact. L’établissement du contact comporte certains risques, notamment lors de « l’ouverture » et « fermeture » de la communication. Les risques d’intrusion, de non réponse, de blocage et d’abandon existent réellement. Ce point fait l’objet de la confidentialité en sécurité de l’information, on l’appelle le message.

3-6-Le protocole

On désigne sous ce terme tout ce qui rend la communication possible ou plus aisée sans rapport avec le contenu de la communication elle-même.

Attendre une tonalité pour numéroter, demander à l’interlocuteur de se répéter, épeler son nom, s’entendre tacitement sur le moment où une communication sera considérée comme terminée font partie des protocoles.

La mise en œuvre d’un protocole demande la définition de normes élaborées.

3-7-La rétroaction

Le message de Rétroaction (ou Feedback en anglais), est le message, verbal ou non, renvoyé sous forme de réaction par le récepteur, à l’émetteur. La possibilité d’obtenir et de traiter une telle réponse ouvre la voie à la communication bidirectionnelle. Selon les cas, le feed-back consiste à confirmer ou infirmer la réception du message, demander des précisions, relancer ou terminer la discussion.

Il y a communication lorsque l’on émet ou que l’on reçoit un message et lorsque l’on donne une signification au message, aux signaux, ce qui permet de le comprendre. Celle-ci peut-être déformée par des parasites sonores ou environnementaux, ce qui gêne l’attention et donc la compréhension. La rétroaction ou feedback est un outil utilisé à des fins de reconnaissance, ce qui signifie que l’on a compris le message émis. Elle peut être positive ou négative, et renvoie au fait de comprendre ou non le message. N’a ni de commencement, ni de fin. L’être humain a une éducation, une psychologie, des codes, des valeurs, un humour qui lui sont propres. La compréhension du message va être fonction de tous ces éléments.

La notion de rétroaction (feed-back) est issue des travaux de Norbert Wiener dans les années 1950 sur la cybernétique [6]. Elle correspond au saut technologique du passage de la mécanographie à l’informatique, et à l’apparition des premiers ordinateurs basés sur des technologies électroniques. Cette notion montre qu’il existe à côté de la vision linéaire (unidirectionnelle) de la communication la possibilité et l’intérêt de créer et d’entretenir un processus circulaire (bidirectionnel) avec trois formes de Feed-back :

  • Le Feed-back positif, qui conduit à accentuer un phénomène, avec un effet possible de boule de neige (hausse de la tension entre les communicants, énervement croissant entre deux personnes).
  • Le Feed-back négatif peut être considéré comme un phénomène de régulation, qui en amoindrissant la communication, l’équilibre et la stabilise grâce à la reformulation ou au questionnement.
  • L’absence de Feed-back (réponse néant) révèle une « panne » de communication. Non seulement aucune information n’est renvoyée, mais on ne sait même pas si le message émis a été reçu ou pas.

La boucle de rétroaction a conduit à définir des modèles théoriques et systémiques de système d’information (niveaux opérationnel, organisationnel, décisionnel).

 

CHAPITRE V. MODELES  DE COMMUNICATION

De nombreux théoriciens de la communication ont cherché à conceptualiser « le processus de communication ». La liste présentée ci-après ne peut prétendre être exhaustive, tant les modèles sont nombreux et complémentaires. L’objectif est de fournir un aperçu de l’évolution générale en explicitant les modèles les plus connus ainsi que leurs apports.

1-Modèle de Shannon et Weaver

Le modèle de Claude Shannon et Weaver[7] désigne un modèle linéaire simple de la communication : cette dernière y est réduite à sa plus simple expression, la transmission d’un message. On peut résumer ce modèle en :

« Un émetteur, grâce à un codage, envoie un message à un récepteur qui effectue le décodage dans un contexte perturbé de bruit. »

Apparu dans Théorie mathématique de la communication (1948), ce schéma sert à deux mathématiciens Claude Shannon (père entre autres de nombreux concepts informatiques modernes) et Warren Weaver (scientifique versé tant dans la vulgarisation que la direction de grands instituts), à illustrer le travail de mesure de l’information entrepris pendant la Seconde Guerre mondiale par Claude Shannon (ce dernier a été embauché par Weaver à l’Office of Scientific Research and Development pour découvrir, dans le code ennemi, les parties chiffrées du signal au milieu du brouillage). À l’origine, les recherches de Shannon ne concernent pas la communication, mais bien le renseignement militaire. C’est Weaver qui a « traduit » la notion de brouillage par celle de « bruit« , la notion de signal par « message« , la notion de codeur par « émetteur », la notion de décodeur par « récepteur »… Jusqu’à la fin de sa vie, Claude Shannon se défendra contre la reprise du soi-disant modèle pour autre chose que des considérations mathématiques.

Le modèle dit de Shannon et Weaver n’a en effet de prétention qu’illustrative. Mais il a souvent été pris au pied de la lettre, révélant alors la forte influence béhavioriste du modèle de Pavlov (stimulus-réponse).

Ce modèle, malgré son immense popularité (on le trouve cité souvent comme « le modèle canonique de la communication »), ne s’applique pas à toutes les situations de communication et présente de très nombreux défauts :

  • et s’il y a plusieurs récepteurs ?
  • et si le message prend du temps pour leur parvenir ?
  • et si la réalité décrite n’existe pas ailleurs que chez le premier locuteur ?
  • et s’il y a plusieurs messages (au besoin contradictoires) qui sont prononcés en même temps?
  • et s’il y a un lapsus ?
  • et si sont mis en jeu des moyens de séduction, de menace ou de coercition ?
  • et si le message comporte des symboles nouveaux ou des jeux de mots ?

En sus de sa linéarité, le modèle de Shannon et Weaver considère que le récepteur est passif : toutes les recherches en Sciences de l’information et de la communication montrent que cela est simpliste, ou faux.

2-Modèle de Lasswell

Harold Dwight Lasswell, politologue et psychiatre américain, s’est fait un nom en modélisant la communication de masse à travers les questions : « Qui, dit quoi, par quel canal, à qui et avec quel effet ? ». Questions reprises de la méthode que Quintilien, pédagogue latin du I° siècle, enseignait à ses apprentis rhéteurs.

 

 

Qui parle ? : correspond à l’étude sociologique du ou des milieux et organismes émetteurs
Pour dire quoi ? : Se rapporte à l’énoncé du contenu du message, à son analyse
Par quel média ou canal ? : description et évaluation des techniques utilisées pour diffuser l’information à un instant donné vers une cible donnée
S’adresse à qui ? : vise l’auditoire, ou audience. Soit la définition, la mesure, la localisation des publics récepteurs
Avec quel effet ? : Il s’agit d’analyser et d’évaluer les influences qualitatives et quantitatives du message sur l’audience.

Ce modèle conçoit la communication comme étant un processus d’influence et de persuasion, très proche de la publicité. Ce modèle dépasse la simple transmission du message (même s’il y reste centré) et envisage notamment les notions d’étapes de communication, la capacité de pluralité des émetteurs et des récepteurs et de finalité d’une communication (ses enjeux).

Pourtant il est critiquable, sur la même base que les critiques émises contre le modèle de Claude Shannon et Weaver. En effet, il envisage la communication comme une relation d’autorité et de persuasion. Et il néglige le message de rétroaction, ainsi que les notions de psychologie et de sociologie de part et d’autre de la relation de communication. Le récepteur est toujours considéré comme passif, ce qui est encore inexact, car il existe en général interaction entre l’émetteur et le récepteur, ce qui n’est pas pris en compte dans ce modèle.

L’un de ses ouvrages majeurs – Propaganda Technique in the World War (1927) – fait partie des ouvrages de référence dans l’usage de la propagande dans la Seconde Guerre mondiale. Sa vision autoritaire, voire autoritariste de la communication, lui vaut de nombreux ennemis, encore aujourd’hui.

Ce modèle est à lier par antithèse aux travaux du célèbre Marshall McLuhan (La Galaxie Gutenberg, 1967) et Régis Debray (Traité de médiologie, 1991)

3-Modèle de Jakobson

Cet autre modèle, fondé sur la linguistique, est proposé par Roman Jakobson (18961982). Ce linguiste russe développe un point de vue centré non plus sur la transmission d’un message, mais sur le message lui-même, évitant ainsi les dangers d’instrumentalisation technique (voir sur ce point philosophie des réseaux).

Il est composé de six facteurs. À chacun de ces facteurs est liée une fonction du message, explicitée par Jakobson.

  1. Le destinateur, lié à la fonction expressive du message,
  2. Le message, lié à la fonction poétique du message,
  3. Le destinataire, lié à la fonction conative du message,
  4. Le contexte, l’ensemble des conditions (économiques, sociales et environnementales principalement) extérieures aux messages et qui influence sa compréhension, lié à la fonction référentielle du message,
  5. Le code, symbolisme utilisé pour la transmission du message, lié à la fonction métalinguistique du message,
  6. Le contact, liaison physique, psychologique et sociologique entre émetteur et récepteur, lié à la fonction phatique du message.

On notera l’apparition ou la réapparition des trois dernières notions (contexte, code, contact) qui complètent énormément la vision d’ensemble sur ce qu’est une communication.

Certains facteurs peuvent être considérés comme des agents de communication (destinataire) Sur le contexte, voir l’article perception de l’environnement.

Ces travaux sont à lier à l’impulsion linguistique de Ferdinand de Saussure, conceptuelle de Shannon et Weaver, et philosophique de John L. Austin.

4-Modèle de Gerbner

George Gerbner, sociologue des années 1950, avait l’ambition de formuler un modèle général de la communication. Il présente en 1956 un modèle beaucoup plus complexe que les précédents. Son modèle s’articule autour de deux propositions essentielles :

  • Il lie le message au contexte, ainsi il permet de le renseigner sur la signification du message.
  • Il décrit le processus de communication comme un ensemble à deux dimensions : une perceptive et une autre dimension pour le contrôle.

Le trait particulier de ce modèle est qu’on peut l’appliquer aux différentes formes de communication en fonction du contexte. Il convient à un acte de communication interpersonnelle entre deux personnes mais aussi au processus plus complexe de la communication de masse.

5-Modèle de Newcomb

Theodore M. Newcomb, 1953, présente le modèle ABX triangulaire et devient le premier à introduire le rôle de communication dans la relation sociale.

Newcomb relève dans les relations sociales deux dimensions. L’attitude, qui est la qualité du lien affectif, et l’union qui est la spécificité du lien. À travers ces deux grilles d’analyse, il va s’intéresser à l’équilibre ou le déséquilibre d’une relation sociale. Une relation est dite équilibrée lorsque les attitudes ont la même orientation. Son hypothèse est que nous sommes tous à la recherche d’un équilibre dans la situation de communication. S’il n’est pas atteint, nous souhaiterons alors soit réduire ce déséquilibre, soit rompre la relation. Newcomb s’intéresse donc à la notion de similarité, à leur possession, leur association ou à leur contraire.

Il nous fait également remarquer que les relations se nouent généralement autour d’un objet (thème de conversation, une personne, une passion commune…). Il exposera par la suite 8 schémas de relation, dont 4 modèles équilibrés et 4 modèles déséquilibrés.

Le modèle de Newcomb soulève donc des faits essentiels selon quoi toute situation de communication met en présence des individus caractérisés par des attitudes, des motivations et que toute situation de communication peut être un moyen de faire évoluer une relation. La communication est donc ici appréhendée comme un phénomène dynamique et complexe et non mécanique.

6-Modèle de Matilda et John Riley

Dans ce modèle, est considérée en premier lieu l’appartenance des individus humains à des groupes. L’émetteur rebaptisé communicateur, et le récepteur sont donc distribués dans des groupes primaires (familles, communauté, petits groupes…) sociologiques.

Ces groupes influeraient la façon de voir, de penser et de juger de leurs membres. Et ces groupes évoluent dans un contexte social dont ils dépendent.

Ce modèle de Matilda White Riley et de John White Riley introduit de nouvelles notions, notamment celle de contexte et d’appartenance à un groupe, liées à la sociologie. De plus ce modèle est le premier à prendre en compte la notion d’une boucle de rétroaction, entre l’émetteur et le récepteur. Cela montre qu’il y a réciprocité et inter-influence entre les individus.

Ce modèle est à l’origine des travaux sur la communication de groupe.

7- Modèle de  Westley et MacLean

Le médiateur  intervient directement dans la transmission. Il ajoute ou il retranche des significations, et à ce titre, il est co-auteur. Marshall McLuhan, plusieurs années auparavant, avait avancé sa célèbre proposition, autrement révolutionnaire selon laquelle: « The Medium is the Message ». Dans le schéma de Westley et MacLean, le médiateur cherche à tenir compte simultanément des champs sensoriels – on n’oserait pas dire sémantiques – de l’émetteur et du récepteur. Il cherche à les faire coïncider le plus étroitement possible. A ce titre, avec sa récursivité et ses nombreuses boucles de rétroaction, le médiateur préfigure la fonction des interfaces expertes utilisées qui seront l’application des systèmes experts et de l’intelligence artificielle aux dialogues homme-machine pour rendre ceux-ci plus conviviaux. A la limite, des ingénieurs sociaux, humains ou artificiels se chargeraient de faciliter la communication en l’expurgeant de toute difficulté, de toute aspérité, de tout risque d’incompréhension. Encore heureux qu’il soit presque impossible de parvenir à une telle perfection des systèmes, sous peine de voir ressurgir le socialisme culturel auquel nous faisions allusion (et qui n’a rien à voir avec le socialisme politique).

La conclusion est apportée par Lee Thayer, pour lequel le récepteur est « créateur de tout message ». La boucle est bouclée. Le retournement de perspective est complet. Là encore, comme en physique expérimentale où on accumule la découverte de nouvelles particules (et toutes proportions gardées !), on manque de vision théorique d’ensemble permettant dans un premier temps de décrire ces phénomènes et ensuite de prévoir quelques événements, au sens de la prévision en sciences sociales bien entendu…

Pour Thayer, c’est le récepteur qui trouve en lui-même le message à partir des stimuli que le processus de communication a rayonné, au sens d’un rayonnement électromagnétique. Ce modèle socratique est assimilable à l’approche maïeutique en matière d’apprentissage. Il trouve cependant vite ses limites en minorant trop l’activité de l’émetteur. Thayer et d’autres théoriciens ne posent pratiquement jamais la communication en acte de pouvoir vis-à-vis de l’information. Pour eux, l’univers de la communication est évangélique ou rousseauiste. Malheureusement pour ce genre de théorie, les êtres humains ne sont pas des anges. Ils cherchent à obtenir ou à maintenir leur pouvoir, au travers de toutes les rhétoriques de l’influence. Le schéma de Thayer doit être revu et corrigé par les études de Georges Gerbner sur l’influence à long terme de la télévision. Ainsi lorsque Thayer parle de sens recréé par le récepteur, il convient de ne pas perdre de vue que cette recréation est elle même le produit des influences et des interactions préalables ayant activé les processus d’identification, de projection et de transfert.

 

 

Mr Aimé Désiré HEMA

Janvier 2013

 

 

 

Bibliographie

  • L’utopie de la communication. Le mythe du village planétaire. Philippe Breton. La découverte. 1992, 1995, 1997.
  • Les lettres perçantes Michel Nekourouh. Ed.Katamaran. 2009.
  • Le culte de l’internet. Une menace pour le lien social ? Philippe Breton. La découverte. 2000.
  • Télécommunications et philosophie des réseaux. Pierre Musso. 1998.
  • Les Professions de la communication – Fonctions et Métiers. Jean-Luc Michel. Ellipses. 1999, 2004, 2009.
  • Sociologie de la Communication et des Médias. Éric Maigret. Armand Colin. 2003.
  • La communication non verbale, comprendre les gestes et leur signification. Guy Barrier. ESF éditeur. 2006.
  • Relations et communications interpersonnelles, Edmond Marc & Dominique Picard. Dunod (Les Topos). 2000
  • Dictionnaire critique de la communication, 2 volumes dirigés par Lucien Sfez, PUF, 1993.
  • Contre la communication, Mario Perniola, Lignes/Manifeste, 2004.
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